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« Lanmè a pa poubèl » : à Pyepoudre, les enfants racontent l’environnement pour mieux le protéger

  • 1 octobre 2026

Portrait d’un bénéficiaire REVIV : le Centre Culturel Pyepoudre et son projet « Atelier de formation et de création de conte sur la problématique de l’environnement ».

Depuis 1989, le Centre Culturel Pyepoudre occupe une place à part dans le paysage culturel haïtien. Tout commence dans le sillage d’activités théâtrales et de formations pour les jeunes, menées un peu partout à Port-au-Prince et dans plusieurs villes de province par Paula Clermont Péan et quelques amis. De cet élan naît, en avril 1989, l’idée de créer un centre culturel, auquel s’ajoute peu après une bibliothèque, pour renforcer ce travail de cohésion sociale par la culture.

Près de quatre décennies plus tard, malgré de multiples difficultés, Pyepoudre reste fidèle à cette mission : être un espace d’expression artistique, de débat et d’apprentissage qui stimule l’esprit critique et l’imagination, et qui participe activement à la promotion de la culture nationale et du folklore haïtien.

Le conte, une voix pour les enfants

Parmi tous les mediums artistiques que met en valeur le centre, le conte occupe une place de choix. « Le conte est fortement utilisé pour le jeune public et dans sa structure, il se penche toujours sur un problème précis pour inviter le public à réfléchir », explique Lesly Maxi, directeur du centre culturel Pyepoudre. C’est cette qualité qui a guidé le choix du centre pour sensibiliser la population à la question environnementale : donner la voix aux enfants eux-mêmes pour porter le message.

C’est ainsi qu’est né « Atelier de formation et de création de conte sur la problématique de l’environnement », un projet qui s’inscrit dans un engagement de longue date. Ces dernières années, le centre multiplie les formations pour les jeunes sur les enjeux environnementaux, mène des campagnes de sensibilisation et applique en interne des principes bannissant les objets non biodégradables. « Pyepoudre s’embarque dans une lutte contre la dégradation de l’environnement, et ce projet est venu en support aux travaux déjà engagés. »

Treize écoliers, six écoles, un mois et demi

Le projet a réuni 13 écoliers âgés de 10 à 16 ans, issus de 6 écoles partenaires avec lesquelles Pyepoudre collabore déjà via sa bibliothèque. Chaque établissement a désigné deux enfants pour le représenter ; certains ont ensuite été remplacés, en raison d’absences répétées, par de jeunes participants recrutés au camp d’été du centre.

La méthode retenue pour les ateliers n’a rien d’un cadre figé. « On a été très ouvert et flexible pour pouvoir s’adapter à chaque tranche d’âge et comportement des enfants », précise le directeur. Tout commence par des simulations des moniteurs, qui racontent une histoire pour capter l’attention et nourrir l’imaginaire, avant d’enchaîner sur des exercices corporels, puis les étapes d’écriture jusqu’à la production d’un texte complet. En dernière phase, le travail se concentre sur le rythme, les gestes et l’expression corporelle en scène, pour préparer la restitution.

De la timidité à douze contes

Ce qui a le plus marqué l’équipe, c’est le chemin parcouru par les enfants. Au départ, la timidité domine, et même une certaine crainte de partager ce qu’ils savent de l’environnement. Mais, un exercice sur la voix, suivi d’un travail sur les techniques d’écriture autour du champ lexical de l’ « environnement », suffit à débloquer l’écriture : en une seule journée, plusieurs contes étaient déjà quasiment prêts.

Douze textes ont vu le jour. S’il fallait n’en retenir qu’un, l’équipe cite sans hésiter « Lanmè a pa poubèl » (La mer n’est pas une poubelle), écrit par Adlinson Mercure dans un délai très court, à partir d’une simple proposition d’un des moniteurs. « C’est un sujet d’exception », résume Lesly Maxi.

Trois jours de restitution, et des enfants qui font la queue pour conter

Le projet s’est conclu par trois journées de représentations publiques, devant un public composé de parents, d’écoliers, d’amis proches et d’habitués du centre, qui n’ont pas caché leur satisfaction face à la qualité des performances ni leur intérêt pour le sujet.

Le moment le plus fort de ces trois jours est venu au dernier jour, lorsque les enfants faisaient la queue pour ajouter leur nom à la liste des conteurs, y compris ceux qui avaient déjà joué les deux jours précédents. « Cela faisait beaucoup plaisir de remarquer leur enthousiasme à vouloir monter sur scène pour conter leur histoire sur la cause de l’environnement. »

Un calendrier serré, une équipe mobilisée

Faire tenir la mobilisation, les ateliers et la préparation des restitutions en un mois et demi n’allait pas de soi. Les écoles partenaires avaient confié leurs écoliers à Pyepoudre plus d’un mois avant le lancement officiel, avec un calendrier d’exécution partagé dès le départ. Malgré la fermeture des classes, les parents ont pris le relais pour assurer le suivi, en lien constant avec l’équipe via un groupe WhatsApp de rappels. Pyepoudre, de son côté, a assuré le contrôle du rythme des activités et la qualité du travail des prestataires, jusqu’à la restitution, pour tenir les délais.

Le résultat se lit aujourd’hui dans de nouvelles habitudes chez les enfants : ils jettent désormais leurs déchets à la poubelle plutôt que de les abandonner, répètent spontanément les messages clés de leurs propres contes, et n’hésitent plus à rappeler à l’ordre celles et ceux qui ne respectent pas les principes qu’ils ont eux-mêmes mis en récit.

FOKAL et l’Union européenne : investir dans la culture comme outil de développement

Pour Pyepoudre, le soutien de REVIV, porté par la FOKAL et financé par l’Union européenne, a permis de franchir un pas de plus vers la pérennisation de sa lutte contre la dégradation de l’environnement, tout en renforçant les capacités artistiques et littéraires des enfants impliqués.

Ce projet illustre concrètement les valeurs portées par les deux institutions. La FOKAL, en soutenant une institution vieille de près de quarante ans comme Pyepoudre, réaffirme sa conviction que la culture est un outil durable de cohésion sociale et de transformation des communautés, construit dans la durée plutôt que dans l’urgence. L’Union européenne, en finançant un projet qui place l’éducation environnementale et la voix des enfants au cœur de son action, traduit son engagement pour le développement durable et pour une société civile capable de porter, à l’échelle locale, des réponses aux enjeux climatiques et environnementaux.

« Nous sommes des agents travaillant pour le développement, nous ne devons pas faillir à cette mission », rappelle le directeur de Pyepoudre. Le message qu’il adresse à d’autres institutions culturelles tentées de mettre l’art au service d’une cause comme l’environnement est sans détour : « Lancez-vous à fond, car cette cause est noble. La population a besoin d’exemples, elle a besoin de motivation, et par la culture, nous pouvons tout faire bouger. »

Avec « Atelier de formation et de création de conte sur la problématique de l’environnement », le Centre Culturel Pyepoudre confirme, treize voix d’enfants à l’appui, qu’un conte bien raconté peut devenir un premier pas vers un changement de comportement, et peut-être, demain, vers un changement de société.

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