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Un atelier pour penser la résistance et panser les maux

  • 20 août 2026

En juillet dernier, la bibliothèque Michèle Tardieu, à Pétion-Ville, a accueilli un atelier d’un genre particulier. Organisé par la section Archives et Narration de la Bourse 2054 de l’Institut Noirs d’Encres, en partenariat avec Nègès Mawon, l’événement intitulé « Résistance et solidarité face à l’insécurité en Haïti » a réuni plus d’une vingtaine de participants. Parmi eux, des membres d’organisations de la société civile, des résidents de différents quartiers de la capitale, mais aussi des personnes directement touchées par la crise, vivant dans des camps de déplacés à Port-au-Prince.

L’ambiance était à la fois conviviale et solennelle. Après un petit-déjeuner partagé, un exercice de « brise-glace » original a permis de créer un climat de confiance. Debout en cercle, chacun devait se présenter en déclinant son nom et un superpouvoir qu’il estimait posséder. Fritz André Clésidor, président du Club de débat de Bourdon, s’est prêté au jeu sans hésiter : « Bonjour, je suis Fritz André Clésidor et mon superpouvoir, c’est la parole. » Ce club, membre du réseau du Programme Initiative Jeunes (PIJ) de la FOKAL, a d’ailleurs envoyé plusieurs de ses membres à cet atelier, dont Louvensky Archélus, venu représenter le club.

Répartis en petits groupes, les participants ont été invités à identifier les formes de résistance mises en place dans leurs communautés face à l’insécurité qui frappe la capitale haïtienne. Les échanges ont été riches et variés : brigades de surveillance citoyenne, barrières érigées aux entrées des quartiers pour prévenir les attaques surprises de groupes armés, ou encore l’engagement de certains policiers choisissant de défendre leur propre communauté, ont été évoqués. Ces témoignages ont permis de prendre conscience que l’insécurité, bien que vécue par tous, se manifeste différemment selon les quartiers. Louvensky Archélus a souligné que ces échanges, où chacun partageait ses difficultés et les injustices subies, ont montré comment la violence affecte la vie quotidienne des familles, les forçant parfois à l’exil.  

Un autre exercice a invité les participants à fermer les yeux et à imaginer leur ville idéale. Face à la question de la réalisation de cette vision, le pessimisme dominait. Mais l’intervention de Fritz André Clésidor a changé la donne : « Je crois à 100 % à la matérialisation de ma ville idéale, car je compte être un acteur majeur de sa construction. » Ce discours a peu à peu fait naître des prises de parole plus optimistes, transformant l’espoir en une responsabilité collective.

La seconde partie de l’atelier, tout aussi intense, était dédiée à la santé mentale. Une psychologue a partagé des outils pour préserver l’équilibre psychologique et gérer les traumatismes liés à l’insécurité. Les exercices immersifs ont permis de mesurer l’importance de donner un sens à ses actions. Le moment le plus marquant fut sans doute l’exercice des ballons. Chaque participant devait souffler dans un ballon en y projetant un poids ou une décision qu’il souhaitait laisser derrière lui, avant de l’éclater. Un geste symbolique puissant qui a procuré un sentiment de libération à plusieurs, certains n’hésitant pas à fondre en larmes, témoignant de l’espace sécurisant créé durant cette activité.

Plus qu’un simple atelier, cette journée a offert un espace de réflexion et de reconnexion pour des personnes vivant des réalités parfois très différentes. Elle a rappelé que la résistance se joue aussi dans la solidarité, le dialogue et le soin que l’on accorde à sa santé mentale. Les participants du club de débat de Bourdon ont d’ailleurs exprimé leur volonté de partager ces apprentissages au sein du club. Comme l’a confié Louvensky Archélus, cette formation a renforcé son engagement à promouvoir le dialogue comme outil de transformation sociale.

Fritz André Clésidor est reparti avec davantage d’espoir et la conviction que chacun peut contribuer, à son échelle, à la reconstruction de la société, grâce notamment à la parole, outil puissant de résilience et de mobilisation. Les participants espèrent tous que d’autres ateliers de ce genre pourront voir le jour, pour continuer à tisser des liens et à semer les graines d’un avenir meilleur.

Par Jean Wesley Pierre, Club de Débat de Bourdon

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