Quand les tambours racontent Haïti : retour sur une soirée qui m’a marqué

afich fabarts site concertJe dois l’avouer : ce concert m’a surpris.

J’étais présent au concert de restitution de l’atelier tambour organisé par la Fabrique des Arts à La Cayenne Hôtel, et en sortant de la salle, une réflexion me revenait sans cesse : oui, il y a toujours eu des spectacles aux Cayes… mais des spectacles avec un tel niveau de précision, d’exécution et de travail collectif, c’est autre chose.

C’était le troisième spectacle de la Fabrique des Arts auquel j’assiste, et je commence maintenant à mieux comprendre leur mission. Derrière chaque événement, il y a une vraie volonté de structurer, transmettre et professionnaliser les pratiques artistiques.

Ce soir-là, il ne s’agissait pas simplement d’un groupe de tambourineurs qui jouaient ensemble. On sentait qu’il y avait eu un vrai travail de recherche, de répétition et de transmission derrière chaque rythme.

foto fabarts 3À travers les enchaînements, le Calypso, le Wongòl, le Maskawon, le Yanvalou, le Jumba, le Nago, l’Ibo, le Congo Fran, le Congo Payèt, le Rara ou encore les chants traditionnels comme Anba tonèl la et Kouzen, c’est toute une richesse culturelle haïtienne qui prenait vie devant le public.

Et ce qui m’a frappé, c’est que ces rythmes ne sont pas seulement de la musique. Ils racontent quelque chose. Ils portent une mémoire. Une identité. Une connexion directe avec les racines haïtiennes.

Je comprends aujourd’hui pourquoi ce type d’atelier est important.

Le tambour occupe une place essentielle dans la culture haïtienne, mais beaucoup de rythmes traditionnels risquent peu à peu de disparaître. Plusieurs groupes de danse et de théâtre ont même des difficultés à trouver des tambourineurs capables d’accompagner correctement certaines pratiques traditionnelles.

Du 5 au 22 mai, une quinzaine de tambourineurs de la région des Cayes ont participé à cet atelier de professionnalisation organisé par la Fabrique des Arts avec le soutien de La Cayenne Hôtel. L’objectif était clair : transmettre les savoirs, renforcer les compétences des praticiens et permettre à une nouvelle génération de mieux maîtriser ces rythmes traditionnels.

L’atelier et le concert étaient dirigés par Sardau-Francisco Lafrance, connu sous le nom de Cisco, assisté de Ricardo Paisible et Fen Josil. Et honnêtement, le résultat était visible sur scène.

Cisco, surtout, a apporté une énergie incroyable au spectacle. Entre guitare, tambour et animation, il a su créer une connexion immédiate avec le public. Mais ce qui rendait la soirée encore plus forte, c’était de voir les participants eux-mêmes évoluer avec confiance et maîtrise sur scène.

foto fabarts 1Un moment m’a particulièrement marqué. Une amie qui assistait au spectacle avec moi m’a confié que c’était la première fois qu’elle voyait une femme jouer du tambour en public. Elle regardait la scène avec admiration avant de me dire : « Moi aussi, j’aimerais apprendre à jouer du tambour. »

Et peut-être que c’est ça, le plus important.

Parce qu’au-delà du spectacle, cette soirée a transmis quelque chose. Une envie. Une fierté. Une conscience de la valeur de notre patrimoine culturel.

Ce n’était pas seulement un concert.

C’était une preuve que ces traditions peuvent encore vivre, évoluer et inspirer.

John-Dely Mesidor

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