OFPH : quand la solidarité devient art de guérir
Dans le cadre du projet REVIV, porté par la FOKAL avec le soutien de l'Union européenne, l'Organisation des Frères Philanthropes Haïtiens (OFPH) mène une initiative inédite dans les camps d'hébergement de Port-au-Prince : offrir aux femmes et aux filles un accompagnement psychosocial allié à des ateliers de création artisanale. À la croisée de la dignité humaine, des droits des femmes et de la résilience culturelle, l'OFPH incarne une vision de la solidarité qui transforme les vies.
Une organisation née de l'urgence et de la conviction
L'OFPH a vu le jour le 23 mars 2023, dans une Haïti marqué par de profondes inégalités sociales et une vulnérabilité croissante des enfants et des jeunes. Ses membres fondateurs : Zephirin Claude Defend, Roody Fils Desrosiers, Goldons Journal, Kevin Prinston, Erickson Joseph, Daniel Charles, Isidore Jean Paul et Peterson Defend ont choisi de bâtir une structure apolitique et à but non lucratif, animée par un seul moteur : la dignité humaine.
La mission de l'organisation est claire : garantir l'avenir et l'intégration sociale des enfants et des jeunes de 0 à 19 ans, en leur offrant accès à l'éducation, aux activités socioculturelles et aux soins de santé physique et mentale. « Nos valeurs reposent sur la dignité humaine, la protection des plus vulnérables et la promotion de la culture haïtienne comme levier de cohésion sociale », résume l'organisation.
Sur le terrain, l'OFPH s'appuie sur un réseau de partenaires complémentaires : l'Observatoire de la Jeunesse Haïtienne (OJH), Femmes Choucoune Haïtienne (FECHA), Progetto Mondo et le Groupe de Recherche et d'Actions Médicales et Sociales (GRAM+). Ensemble, ils forment un maillage associatif capable de répondre aux réalités complexes des communautés les plus fragilisées.
La genèse du projet : une réalité de terrain bouleversante
Tout a commencé lors d'une mission de clinique mobile dans deux camps de Port-au-Prince. Face à la difficulté d'y conduire des consultations gynécologiques et psychologiques, l'équipe de l'OFPH a découvert une réalité bouleversante : nombre de femmes vivaient au quotidien aux côtés de leurs agresseurs, portant des traumatismes profonds et une honte liée à leur dépendance économique. « Beaucoup exprimaient surtout leurs besoins économiques, confiant qu'elles avaient honte de dépendre de quelqu'un qui, souvent, était leur agresseur », témoigne l'organisation.
C'est cette double nécessité, guérir intérieurement et s'autonomiser économiquement, qui a inspiré le projet “Appui psychologique aux filles et aux femmes des camps d’hébergement de Port-au-Prince et atelier de création de produits artisanaux”. L'artisanat est alors apparu comme un outil puissant : à la fois vecteur d'expression, de résilience et de transmission de savoir-faire générateurs de revenus. Le projet est ainsi né de la rencontre entre les réalités du terrain, les témoignages des femmes et la conviction que l'art et la culture peuvent devenir des leviers de dignité et de justice sociale.
Des ateliers qui touchent à l'essentiel
Une journée d'atelier commence par une prière et des mots de bienvenue, suivis d'une introduction au thème du jour. La psychologue et son équipe recourent à des exercices brise-glace pour détendre l'atmosphère et inviter chacune à s'exprimer librement. Un tour de parole permet à chaque participante de partager son état intérieur, dans un espace bienveillant et sécurisé. La séance se termine autour d'un sujet central exprimé en mots, en émotions, en silences avant des jeux de société favorisant la cohésion.
Parmi les moments les plus marquants, l'équipe se souvient d'une participante inconsolable lors d'un exercice sur les traumatismes : elle avait été violée dans le camp, en présence d'autres personnes. Ces instants douloureux rappellent pourquoi l'OFPH a choisi de placer les séances psychologiques avant les ateliers artisanaux, préparer intérieurement, pour permettre ensuite de créer pleinement.
Mesurer l'impact au-delà des chiffres
Comment évaluer l'impact d'un espace de parole et de reconstruction ? L'OFPH s'appuie sur plusieurs indicateurs : la régularité et l'enthousiasme des participantes, leur assiduité et leurs demandes récurrentes pour connaître la date de la prochaine séance en disent long sur l'utilité perçue, les témoignages spontanés recueillis, les changements observés dans leur capacité à s'exprimer et à comprendre leurs droits, ainsi que des questionnaires post-formation évaluant l'évolution du ressenti psychologique et de l'autonomie économique.
Art, culture et droits humains : une convergence de valeurs
Le projet de l’OFPH dans le cadre du programme REVIV s'inscrit pleinement dans les valeurs partagées par la FOKAL et l'Union européenne. En plaçant les femmes des camps au cœur des activités, l'OFPH incarne la démocratie et la citoyenneté active. L'accompagnement psychosocial restaure la dignité et les droits humains. L'artisanat ouvre la voie à l'autonomie économique. Et en valorisant des savoir-faire locaux, le projet contribue à un développement durable fondé sur la culture et la résilience communautaire.
Sur la question de l'égalité de genre, pilier central de la politique de développement de l'Union européenne, l'OFPH agit concrètement : dès les premières séances, les thématiques de prévention des violences basées sur le genre (VBG) et de droits des femmes sont abordées, pour que les participantes puissent se protéger, défendre leurs droits et, à terme, exercer un leadership au sein de leurs communautés.
Perspectives : vers une OFPH de référence
Dans les prochains mois, le projet prévoit de lancer les premiers ateliers artisanaux : bijoux, textiles, objets décoratifs et d'organiser des petites foires et expositions ouvertes à la communauté, pour valoriser les créations des participantes et sensibiliser le public aux droits des femmes.
À l'horizon 2025-2027, l'ambition de l'OFPH est de consolider sa structuration institutionnelle, d'implanter un siège permanent et de se développer comme organisation de référence en Haïti dans l'éducation, la santé, la culture et la cohésion sociale.
« L'OFPH croit que l'art, la culture et la solidarité sont des leviers puissants pour transformer les vies et les communautés ; nous invitons les lecteurs à s'engager à nos côtés pour soutenir les enfants, les jeunes et les femmes et, ensemble, construire un avenir fondé sur la dignité et les droits humains », affirme Goldons JOURNAL, Coordonnateur du projet et Secrétaire de l'Organisation des Frères Philanthropes Haïtiens (OFPH).
