« Veye sou nou » : un engagement collectif pour les femmes d'Haïti
Haïti, le Congo, la Syrie. Trois pays sur trois continents différents. Le point commun ? La violence convertie en arme de terreur contre les femmes. L'ampleur est telle que le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté, le 31 octobre 2000, la résolution 1325, qui reconnaît pour la première fois l'impact disproportionné des crises et des conflits armés sur les femmes et les filles. Des actions doivent suivre. Le projet « Veye sou nou », lancé ce 13 avril au Centre Culturel Pye Poudre et porté par la FOKAL, financé par l'Agence française de développement (AFD) et Expertise France, est la première initiative qui sera développée dans le cadre de cette résolution.
Dans son allocution d'ouverture, Antoine Michon, ambassadeur français en Haïti, a marqué le ton en déclarant qu'il s'agissait du lancement d'un engagement collectif pour les femmes d'Haïti. Il a rappelé que les femmes subissent de plein fouet les effets de l'insécurité, tout en jouant un rôle actif dans les dynamiques de résistance et de changement. À ses yeux, la résolution – reposant sur quatre piliers : la prévention des conflits, la protection des droits des femmes, leur participation aux processus de paix, et leur accès aux services de secours et de relèvement - prend acte de cet enjeu : les femmes ne peuvent être laissées de côté. Il a insisté sur la méthode du projet : s'appuyer sur la société civile, agir sur l'ensemble du territoire national, et aller plus loin que le simple financement.
Prenant la parole, Predica Saint-Jean, ministre à la Condition féminine et aux Droits des femmes, a mis en avant le rôle du projet « Veye sou nou » et son application sur le terrain, en lien avec l'ensemble des organisations partenaires. Elle a présenté le premier Plan d'Action National (PAN) Femmes, Paix et Sécurité, élaboré sur la base de la résolution 1325 de l'ONU, avec l'appui d'ONU Femmes en Haïti. Elle a insisté sur la nécessité d'une coordination forte entre l'État et les organisations de la société civile pour garantir la mise en œuvre effective de cet agenda.
Émilie Oulaye, de Expertise France a précisé le cadre de la Facilité 1325 : un programme de trois ans financé par l'AFD, s'appuyant en Haïti sur trois organisations partenaires : Kay Fanm, le Centre de Promotion des Femmes Ouvrières (CPFO) et Fanm Deside. Le projet vise à accompagner plus de 1 000 femmes victimes de violences, renforcer les capacités de 70 professionnels dans des organisations féministes, et sensibiliser plus de 5 000 jeunes aux droits des femmes, dans dix zones d'intervention à travers le pays. Son suivi repose sur trois niveaux de gouvernance : une comité de pilotage, technique et opérationnel.
Les représentants des organisations présentes ont également pris la parole pour renouveler leur engagement dans la mise en œuvre du projet et le suivi des interventions auprès des communautés.
La clôture a été assurée par Michèle Duvivier Pierre-Louis, Présidente de la FOKAL, qui a replacé cette initiative dans une continuité historique. Elle a rappelé les mobilisations du 3 avril 1986, le travail des pionnières et les luttes engagées depuis l'occupation américaine, en insistant sur le fait que la lutte contre les violences faites aux femmes demeure une responsabilité collective. À travers « Veye sou nou », les organisations engagées entendent renforcer la protection des femmes, améliorer les réponses sur le terrain et poursuivre un combat ancré dans l'histoire sociale et politique du pays.
