Ils ont droit à l’enfance
Dans ce texte poignant, Eliezer Guérismé invite à une réflexion sur le droit fondamental des enfants à grandir dans la sécurité, la joie et l’horizon d’un avenir ouvert. À travers des images fortes et une écriture sensible, le Directeur artistique de Bit-Haiti rappelle que la place d’un enfant ne se trouve ni sur les routes de l’exil ni dans l’ombre de la violence, mais dans le jeu, l’apprentissage et les multiples possibles de la vie.
Faisant écho à cette préoccupation, l’association Bit-Haiti organise des ateliers de théâtre destinés aux enfants vivant dans des camps de personnes déplacées dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, dans le cadre du projet « Théâtre contre la violence ». Animés par Jenny Cadet et Daphena Rémédor, ces ateliers se tiendront du 16 au 31 mars 2026 au studio de l’association de théâtre En Lisant, à Turgeau, Port-au-Prince. Ce projet bénéficie du soutien de la Fondation Connaissance et Liberté - FOKAL et de la Clara Lionel Foundation.
Aucun enfant ne devrait connaître l’exil dans sa propre chair.
Aucun enfant ne devrait grandir les mains tremblantes,
le cœur habité par la peur,
la mémoire trop tôt marquée par la violence.
Aucun enfant ne devrait être la proie des ombres,
ni le rempart des guerres,
ni le silence que l’on traverse sans le voir.
Aucun enfant ne devrait assister, impuissant,
à la douleur de ceux qui l’aiment,
sans pouvoir dire un mot, sans pouvoir retenir le monde.
La place d’un enfant est sur les bancs de l’école,
pas sur les routes sans fin,
les pieds usés par l’errance.
La place d’un enfant est dans le rire qui déborde,
dans les jeux qui inventent la vie,
pas dans le bruit sec des armes,
pas dans l’ombre froide des checkpoints.
La place d’un enfant est dans la lumière des possibles :
un livre ouvert, un ballon qui roule,
un pinceau qui colore l’avenir,
un rêve qui apprend à voler.
Un enfant a le droit d’éclater de rire sans raison.
Un enfant a le droit de lire des histoires qui finissent bien.
Un enfant a le droit de rêver tout éveillé,
les yeux grands ouverts sur un monde à refaire.
Les enfants ont droit à des jours qui sentent bon,
à des cours de récréation où l’on oublie tout,
à des lendemains qui n’ont pas peur du soir.
Ils ont droit à la paix,
cette paix qui a l’odeur du pain chaud,
du vent léger, du retour à la maison.
Ils ont droit à l’enfance.
Tout simplement.
Entièrement.
Pour toujours.
Eliezer Guérismé
