24 janvier : Journée Internationale de l’Éducation
L’école haïtienne est en crise, et c’est tout le système éducatif qui en est ébranlé. Cette crise ne date pas d’aujourd’hui mais elle s’est profondément aggravée au cours des dernières années. Il suffit de consulter les publications sur l’état de la question pour en mesurer l’ampleur. Et ce sont surtout les écoliers et les écolières qui en paient le prix. Écoles fermées par milliers, particulièrement dans l’Ouest et l’Artibonite, lorsqu’elles ne sont pas occupées par des gangs armés, infrastructures détruites, offre publique d’éducation dérisoire eut égard à la demande, coût de scolarité dans le secteur non public en hausse alors que la situation économique des familles se dégrade ce qui conduit souvent à l’augmentation des taux d’abandon, niveau de formation des enseignants inadéquat dont un faible pourcentage ayant le profil académique requis, un problème linguistique jamais résolu, incohérence des décisions intempestives. Les élèves qui arrivent à passer à travers ce maillage déréglé, arrivent aux niveaux supérieurs avec des lacunes souvent difficiles à combler.
Comment réguler un tel système et remédier au chaos qui pénalise des enfants et leurs familles, elles qui ont pourtant foi dans le rôle émancipateur de l’éducation ? Les autorités publiques et privées devraient pouvoir en débattre avec sérieux.
Car ce tableau négatif ne dit pas tout sur l’école et la chaîne éducative. Nos expériences personnelles, en instituant d’une part un programme d’enseignement préscolaire et primaire à FOKAL en zones rurales, et d’autre part en enseignant à l’université, nous ont révélé deux attitudes qui attestent du sens profond donné à l’école et au savoir. D’abord les discours des familles sur les sacrifices qu’elles consentent pour que les enfants aillent à l’école. Dans l’imaginaire des parents, l’accès à l’éducation doit absolument compenser ce qu’ils n’ont pas eux-mêmes eu, et aller bien au-delà. Même confusément il y a là une compréhension des facteurs d’intégration et d’égalité que peut jouer l’école. En second lieu, comment ne pas faire état de l’appétit manifesté par les écolier.ères et les étudiant.es eux-mêmes en salle de classe, voire dans les activités extracurriculaires, pour les disciplines académiques. Un désir d’apprendre, en constatant les déficits d’apprentissage, mais en les surmontant résolument. Les résultats en témoignent au sein même de ce qui est décrit plus haut. Il faudrait pouvoir miser sur ces éléments pour tenter de remédier à certains aspects de ce système scolaire à plusieurs vitesses, ne serait-ce pour commencer que concevoir un corpus de formation valable, scientifique et adaptée à l’intention des enseignants de toute la chaîne éducative.
C’est ce que nous souhaitons en cette Journée Internationale de l’Éducation 2026 consacrée aux jeunes et à l’espoir qu’ils et elles portent comme acteurs et actrices de possibles changements profonds de notre paradigme social et culturel.
Michèle Duvivier Pierre-Louis
Présidente de FOKAL
