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Florence Celcis, une verrière d’exception

FlorenceDans le cadre de notre série de portraits d’étudiants et d’artisans du chantier-école du projet Gingerbread, Nouvèl FOKAL vous propose cette semaine, une femme qui intervient dans les travaux de finition de la Maison Dufort : Florence Celcis.  Verrière professionnelle et d’expérience, elle a fabriqué une quinzaine d’abat-jour et une applique murale pour la maison. Elle intervient dans plusieurs domaines: vitraux religieux, abat-jour, vitrail de décoration, restauration de vitrail de patrimoine et plus. Nouvèl FOKAL s’est rendu dans son atelier de travail pour découvrir son univers fascinant.  

 

Ses mains portent le poids des années. Son visage reflète ses années d’expérience. Comme tout artisan professant en Haïti, elle a connu “des coups durs”. Mais c’est avec un grand sourire que Florence Celcis nous a accueillis dans son atelier sis à la rue Paul Moral à Cité Militaire.

 

Née à Jacmel, Florence Celcis est mère de deux filles et mariée à l’ingénieur Georges Celcis, de l’Entreprise Celcis. Après avoir vécu aux Etats-Unis, Florence s’est installée en Haïti en 1970 avant d’ouvrir l’entreprise Celex quelques années plus tard.

 

L’atelier est divisé en trois parties: un espace de bureau assez large pour recevoir un petit salon, la comptabilité et une grande table de travail où Florence reçoit ses invités et clients; c’est sur cette table qu’elle dessine les patrons des vitraux ; l’espace de montage, découpage et soudure et un dépôt de moules et autres outils. Dans son bureau, un certificat du Président de la République pour “son talent, son savoir-faire et son apport significatif au rayonnement de l’artisanat haïtien.”

 

Dans le hall où son équipe travaille au montage des pièces découpées, se tiennent des tables avec des abat-jour et d’autres pièces en confection, des étagères contenant les lames de verre, une armoire, une machine à pression datant de la belle époque de l’atelier, une machine à découper les patrons…tout y est.

 

 

Un début d’amateur devenu vite professionnel

 

 “Mon mari et moi, nous habitions à Boston avant de rentrer en Haïti. En 1974, un ami, John Waite, nous a proposé de rentrer en Haïti pour nous apprendre comment fabriquer des abat-jour Tiffany. Je ne connaissais même pas le style Tiffany à l’époque.” avoue-t-elle pour raconter ses débuts dans le métier. “C’est avec beaucoup d’effort et de persévérance qu’on s’y est adonné, avant de fabriquer notre premier abat-jour…” ajoute-t-elle.

 

Il n’a pas fallu longtemps pour que son activité prenne pied. En 1977, elle obtient son premier contrat avec une firme américaine après trois ans de maîtrise de la technique et d’innovation: livrer 2,000 abat-jour toutes les cinq à six semaines. C’était la belle époque. Plus de 250 employés s’activaient dans l’atelier qui se trouvait pendant 30 ans dans un plus grand espace, en face de sa location actuelle. “On expédiait sur les Etats-Unis un container de 40 pieds. C’était la grande production.” explique-t-elle. Mais l’embargo américain sur Haïti en 1991 allait tout faire chuter.

 

L’atelier de Florence aura fonctionné au ralenti, comme beaucoup d’autres secteurs d’activités de l’économie nationale, jusqu’à perdre le contrat avec la firme américaine et ses 250 employés. Aujourd’hui, ils ne sont que quatre! De la production d’abat-jour, Florence passera à la fabrication de vitraux en 1992: son premier vitrail sera celui de l’entreprise funéraire de sa famille, L’Ange Bleu à Turgeau.

 

 

Le vitrail, un art sacré

 

Sa transition vers la fabrication de vitraux va s’intensifier avec des commandes de différentes églises. La première étant l’Eglise Baptiste du Calvaire à Sartres à Port-au-Prince suite à la découverte du vitrail de l’Ange Bleu. “Monseigneur Laroche qui construisait la cathédrale de Hinche à cette époque a vu le vitrail de cette église baptiste et s’est informé auprès du pasteur. C’est ainsi qu’il est venu nous trouver pour commander un vitrail pour la cathédrale… Et le reste c’est boule de neige.” dit Florence.

 

A ce jour, plus de 26 églises du pays ont des vitraux portant la signature de Florence Celcis et ses employés. “Les dernières œuvres que nous avons faites sont celles de la petite cathédrale de Port-au-Prince financées par un Américain : ils font sept pieds de largeur et dix pieds de hauteur.”

 

Le vitrail est considéré comme un art sacré surtout avec sa forte présence dans les églises. De nombreux temples et cathédrales du monde en sont décorés. La ville de Chartes en France est considérée comme la capitale du vitrail ! En Haïti, Florence Celcis fait partie des derniers artisans du vitrail qui continue à faire rayonner la beauté de nos églises mais aussi enrichir leur architecture de la lumière que la translucidité des vitraux permet de modeler.

 

Les mêmes matériaux sont utilisés pour fabriquer un vitrail et un abat-jour mais les techniques sont différentes. En plus de son aspect esthétique, un vitrail remplit de multiples fonctions, alors que l’abat-jour, qu’il soit conique ou cylindrique, permet de radoucir la lumière d’une ampoule.

 

 

Fabriquer un abat-jour ou un vitrail : minutie et patience requises

 

Renio Laurent, un des quatre employés de l’atelier, portait les dernières touches aux abat-jour de FOKAL lors de la visite, c’était l’étape de la soudure finale. Il a 38 ans dans le métier. Florence en profite pour nous expliquer les procédés de la fabrication. Mais avant, elle demande à Rony Victor, un autre membre de l’équipe (35 ans dans l’atelier) d’effectuer une petite démonstration de la machine à pression vieille de plus de deux décennies.

 

Que ce soit pour les vitraux ou les abat-jour, Florence et le dessinateur Bertony Séize participent au premier travail de préparation de la maquette. Ensuite, les calibres sont découpés en panneau avec des ciseaux trois lames. Les pièces de vitre sont souvent découpées à la main. “D’abord, on coupe les verres. On les passe à la meule pour enlever le surplus de vitres. On les dépose à l’envers sur le gabarit. Puis, on les enrobe d’un ruban en cuivre.” explique-t-elle.

 

Une fois, toutes les pièces soudées entre elles, il faut monter les panneaux sur gabarit, ensuite les souder l’un à l’autre. “A l’étape de finition, il faut laver et sulfater les jonctions pour noircir le métal.” Les métaux utilisés sont : soit du cuivre, soit du plomb ou du zinc (surtout pour les vitraux).

 

Pour le vitrail, chaque pièce est entourée d’une raille et le produit final entouré d’une cornière en zinc “pour donner la solidité qu’il faut”.

“C’est un travail passionnant que j’aime beaucoup’’ avoue-t-elle.

 

L’équipe de Florence comprend : Rony Victor, Renio Laurent, Joseph « Jocelyn » Bido (l’assistant manager) et son dessinateur qui est sur contrat. Joseph Bido connait bien la “technicalité de Florence” après ses 34 ans de collaboration. Pour Rony, “Florence est une personne ouverte aux discussions. Elle n’a jamais haussé le ton sur nous.”

 

Une relève non assurée

 

 

Outre le goût artistique, il faut savoir dessiner et peindre, bien connaitre les techniques du verre, avoir de l’imagination, avoir de la patience, de la précision et le sens du volume. Des qualités que son équipe réunit mais espère passer un jour à une jeune génération…

A ce propos, Florence est plutôt sceptique: “Quand on me demande, où est la relève...c’est la question qui me fait le plus mal. C’est un travail fatiguant. Pour former un ouvrier, il faut plusieurs années. C’est un métier très méticuleux....” dit-elle. Ni les enfants de Florence, ni les enfants de Renio et de Rony ne sont intéressés.

 

Mais à un certain moment, qu’allez-vous faire? lui demande-t-on : “Fermer.” lâche-t-elle après un moment de silence.

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