Parler de femme et de dictature dans la littérature

Femme et Dictature« Lorsqu’ils ne servent pas uniquement à désigner des objets concrets, les mots sont toujours impuissants à rendre compte de la profondeur de l’expérience humaine. Le mot « dictature » est de ceux-là. Il ne traduit pas la diversité de situations de privation de droits qu’il recouvre, il ne dit pas la destruction systématique du tissu social qui est son corollaire obligé. Si sa réalité politique nous semble évidente, son impact multiforme sur le fonctionnement du collectif, sa main mise rampante et brutale sur la dimension familiale, privée et intime de la vie des individus reste la part occulte qu’un mot, seul, est bien souvent incapable de traduire. Et c’est là que la littérature intervient, c’est là que le langage arrive à compenser les limites du mot en donnant corps à ces interdits / à ces non-dits du mot « dictature ».

Propos du professeur Darline Alexis lors de l’exposée de sa conférence :

Femme et dictature dans les récits des romancières haïtiennes, le mardi 8 mars 2016 à la Bibliothèque Monique Calixte. Cette conférence a été une bonne occasion de parler des femmes sous la dictature alors que se tenait à la FOKAL la semaine de la « Rencontre des mémoires Haïti-Argentine ».

De manière très méthodique, la conférencière a précisé sa démarche qui permettrait de cerner la figure féminine dans différents récits de nos romancières. Elle a signalé plusieurs sources ayant alimenté sa réflexion sur le sujet, mais s’est particulièrement appuyée sur trois œuvres qui ont constitué le socle de son travail : Amour, colère et folie de Marie Vieux Chauvet, Mémoires aux abois d’Evelyne Trouillot, Saisons sauvages de Kettly Mars. Son analyse des récits lui a permis d’aboutir à une catégorisation des femmes dans les récits sur la dictature. Elle identifie quatre catégories de femmes en fonction des sorts qui leur sont réservés ou de leur positionnement par rapport au pouvoir : les opposantes, les femmes cibles, les femmes de pouvoir ou du pouvoir et les victimes.

Plusieurs points de réflexion sur le récit féminin se sont offerts au public à la fin de l’analyse de l’intervenante. Et le débat qui s’en suivi a soulevé une polémique très intéressante sur le fait que dans les romans sur la dictature, le bourreau (le dictateur) est toujours à la troisième personne, un « il »  à qui on a enlevé toute possibilité de s’affirmer en tant qu’un « je » plus personnel et plus humain. Pourquoi ce choix ? Est-ce une volonté qui traduirait une forme de censure du personnage-bourreau ? Choix qui serait peut-être également la manifestation inconsciente du rejet de ce bourreau qui ne devrait bénéficier d’aucun droit au regard de ses crimes.

Il est ressorti de cette rencontre que la littérature parle d’une autre voix des souffrances et des terreurs de la dictature. L’œuvre romanesque (le récit) a la capacité de révéler la réalité existentielle des individus confrontés au pouvoir dictatorial. 

La conférencière conclura sur ces mots : « La littérature en mettant à distance de nous les réalités, nous donne à voir les détours par lesquels s’instaure une dictature et l’impact sur ceux/celles qui sont déjà les objets d’un contrôle social accru, plus particulièrement les femmes. »

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