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HackFest Haïti 2016 a réussi son pari

hackatonGroupe Echo Haïti, sous le leadership de sa présidente Katie-Flore Fils-Aimé, a réussi un gros événement le week-end dernier, la première édition de hackathon en Haïti, HackFest 2016. 135 jeunes hommes et femmes, pour la plupart étudiants ou encore des jeunes professionnels, ont donné au pays la preuve et la mesure que l’intelligence n’est pas morte dans ce pays. Le hackathon organisé par Groupe Echo Haïti a tenu bien de ses promesses et montre aux jeunes la voie à prendre. Les 200 personnes constituant le public en ont eu pour leurs attentes. Un satisfecit mérité pour le Groupe Echo.

Le hackathon est un marathon qui met en concurrence des équipes de jeunes, informaticiens, développeurs informatiques, graphistes du web…, avec pour objectif de créer en 48 heures chrono une application web, disponible sur n’importe quel terminal informatique (ordinateur, laptops, smartphones, tablettes…), qui propose une solution à un problème récurrent dans 3 domaines choisis par les organisateurs : santé maternelle et infantile, énergie, gestion scolaire.

Sur 27 équipes (de 5 personnes chacune) inscrites au départ, 9 ont été retenues au final dans un processus de sélection. A l’hôtel Oloffson, ces jeunes ont passé 2 jours et 2 nuits (20-21 mai), quasiment sans dormir, à discuter de leur projet de solutions numériques à des problèmes réels du pays selon les thèmes du concours, à écrire des codes informatiques, à tester leurs applications naissantes sur différents terminaux informatiques, à peaufiner leur présentation.

Certains ont été dormir à 2h ou 3h du matin sur les 2 jours. L’équipe qui a gagné a réellement passé les 48 heures sans dormir, malgré les injonctions du staff d’organisation les demandant d’aller se reposer un moment. Un concours donc éprouvant pour les nerfs et le cerveau qui rend les jeunes participants fébriles, angoissés, fatigués, mais qui donne lieu à 9 réels projets collaboratifs, innovants, concrets et réalisables, qui doit profiter idéalement à tout citoyen haïtien sur toute l’étendue du territoire.

Un jury aux compétences variées

Le jury constitué pour désigner, dans la soirée du dimanche 22 mai au Mariott hôtel, l’équipe gagnante de cette première édition du hackathon était formé d’Etzer Emile, économiste, directeur de programme à l’université Quisqueya ; de Frantz Mathias, ingénieur en électronique, pdg de E-Telinc ; de Sulette Emile, ingénieur en électronique, spécialiste en base de données, directrice des applications bancaires à la Sogebank ; de Kenny-Robert Philippe Auguste, Dr en informatique et directeur de programme à l’Ecole d’Infotronique d’Haiti (ESIH) ; Patrick Attié, ingénieur en électronique, directeur général de l’ESIH.

Les 5 juges ont été excellents dans leurs commentaires et dans leur évaluation des projets présentés. Ils n’ont pas été tendres avec les compétiteurs : souvent tranchants, mais toujours justes dans leurs observations, critiques et recommandations. Une épreuve que la majorité des 9 équipes qui concourraient n’ont pas affectionnée, au point même de vouloir polémiquer avec certains membres. Mais ces jeunes doivent le savoir : un jury qui évalue un projet est plus une cour d’accusation qu’une chambre d’enregistrement qui félicite ou acclame. Un jury se doit donc d’être exigeant. A eux de se hisser à leur hauteur pour le convaincre.

Le HackFest 2016, un système en rodage

Trois faiblesses sont à noter dans la conduite du Haiti HackFest 2016, ce dimanche 22 mai au Marriot Hôtel, autant d’enseignements pour améliorer les éditions à venir, si tel est le cas.

Les présentations des projets ont été maladroites en général, mal négociées pour certains, ratées par d’autres, pour des raisons évidentes : ils ne sont pas habitués à l’exercice (une faiblesse notable dans les compétences fournies par les universités); ils sont passés à coté de l’essentiel (ils perdent du temps dans des aspects techniques qui n’intéressent guère le public); des exposés trop verbaux et pas assez démonstratifs (faire une simulation de la façon qu’on utilise l’application était ce qui importait surtout) ; une course contre la montre qui a rendu les jeunes fébriles (eh oui ! le temps disposé n’est pas extensible).

Les applications, à vrai dire les solutions numériques proposées, sont réellement  intéressantes car elles ont un fort potentiel d’attractivité et de développement (elles seraient vraiment utiles pour les utilisateurs-cibles), mais elles sont trop complexes pour être opérationnelles tout de suite (comprendre comment ça marche n’est pas du tout aisé), et ne sont pas assez abouties : l’accès du service à tous n’est pas concluant, le modèle économique n’est pas suffisamment démontré, la mise en œuvre facile et rapide de la solution n’est pas garantie.

Le temps a été mal géré : retard dans le lancement de la soirée, non respect par les équipes des 8 minutes imparties pour faire leur présentation et par les juges des 5 minutes pour leurs commentaires. Ainsi, tout le monde courait après le temps, ou bien voulait étirer le temps. Heureusement l’auditoire a été studieuse, l’ambiance bon enfant, le public conquis.

Trois (3) points forts

Premièrement, réussir  un tel pari semblait une gageure: développer en 48 heures chrono des applications pour des solutions numériques à des problèmes récurrents relève du sprint davantage que de la course de fond. Or, ces jeunes ont réussi l’épreuve avec courage, abnégation et détermination. Cette expérience est un bon exemple de sacrifice à mettre au service d’une grande cause nationale.

Deuxièmement, l’enthousiasme des participants qui se sont frottés à cet exercice pour la première fois de leur vie, était évident au point qu’ils donnaient l’impression d’être capables d’aller au-delà de 48 heures prévues. Chaque équipe était fière de son œuvre et faisait montre d’une très grande solidarité. L’esprit d’équipe était manifeste entre eux.

Troisièmement, les résultats de leur travail ne demandent qu’à prendre leur envol, car il y a matière à développer de multiples applications numériques pour les citoyens haïtiens, pour divers problèmes liés à la création, à la diffusion et au partage d’informations, divers besoins de services dans tous les domaines. Loin d’être la panacée, la technologie a de bon qu’elle permet de prendre des raccourcis pour faciliter la résolution de certains problèmes que les moyens traditionnels ne peuvent pas résoudre.

Créer des espaces ouverts dans une société fermée

FOKAL a soutenu cette initiative de Groupe Echo pour 3 raisons majeures :

Primo, sa foi que la jeunesse est une force de propositions pour le pays. La fondation veut aider ces énergies, ces intelligences à s’exprimer et à se libérer. Elle l’a déjà expérimenté avec son programme national de débat qui  a fait émerger les talents des jeunes dans l’argumentation, où 450 jeunes du pays ont collaboré ensemble pour produire des propositions ou pistes de solutions à des problèmes qui rongent le pays et qui affectent leur vie et leur communauté.

Nous l’avons déjà vu également avec Elan Haiti 2014 de Groupe Echo, un forum international de jeunes étudiants et professionnels à Limonade, dans le Nord, duquel sont sorties 4 projets novateurs, concrets, réalistes et en cours d’exécution, dans le domaine de l’éducation, de l’entreprenariat, de l’environnement, et de la coopération internationale.

Secundo, cette initiative s’inspire du hackathon organisé par le programme Youth Exchange d’Open Society Foundations, en septembre 2015, à Istanbul (Turquie), auquel FOKAL avait convié Katie-Flore Fils-Aimé. Des jeunes de toutes nationalités ont imaginé et créé en 2 jours des applications web fournissant des solutions, immédiatement opérationnelles, à des problèmes de la société (l’équipe dans laquelle était Katie-Flore a eu le prix de l’application la plus utile). Il était logique, juste et nécessaire que FOKAL appuie et contribue à cette initiative qu’a voulu reproduire Groupe Echo Haïti.

En dernier lieu, FOKAL croit au potentiel de ce que font ces jeunes développeurs et informaticiens dans ce hackathon. C’est concret, innovant et immédiatement disponible ou exécutable. Ces projets peuvent effectivement apporter beaucoup de changement. Nous en sommes convaincus. Que les jeunes en soient convaincus eux-mêmes, eux qui sont les initiateurs et acteurs de ce mouvement.

L’une des missions de FOKAL et d’Open Society Foundations est d’ouvrir, grâce aux supports et subventions accordés à des initiatives jeunesse, des espaces de réflexion, de création, d’innovation pour les jeunes afin qu’ils expriment leurs talents, et développent leur potentiel, dans une société haïtienne hésitante aux changements et réfractaire aux évolutions du monde.

Imaginer, créer, exécuter : ceci doit être le nouveau paradigme des potentialités de cette jeunesse-là. Groupe Echo Haïti veut être le fer de lance, pour ne pas dire le pionnier les pionniers de cette nouvelle orientation. Qu’elle continue à inspirer les autres !

 

Jean-Gérard Anis

Coordonnateur du Programme Initiative Jeunes

 

 

Pour lire les résultats du HackFest, aller à http://www.haitilibre.com/article-17534-haiti-technologie-gagnants-de-la-1ere-edition-du-haiti-hackfest.html  ou bien à http://lenouvelliste.com/lenouvelliste/article/159155/Le-talent-des-programmeurs-au-service-de-la-societe )

Adresse et contact

FOKAL - OPEN SOCIETY FOUNDATION HAITI
143, Avenue Christophe BP 2720 HT 6112
Port-au-Prince,Haïti | Tel : (509) 2813-1694

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