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Hommage au réalisateur Rigoberto Lopez

affiche rigoberto lopez mars 2019 Le mercredi 20 mars à 3h PM, FOKAL propose un après-midi de projection en hommage au cinéaste cubain Rigoberto Lopez, grand ami d’Haïti, qui nous a quitté récemment. Cet hommage sera présenté par Arnold Antonin.

Deux films de Rigoberto Lopez seront projetés à cette occasion : Parfum de chêne, et Port-au-Prince se pa m. 

Parfum de chêne (Fiction, 123’, 2003)

La Havane, XIXe siècle. Aux abords d'une plantation de café, une Haïtienne distinguée et un romantique commerçant allemand traversent ensemble les rêves brisés et les tragédies sans fin. Malgré les barrières sociales et raciales qui les séparent, leur passion les entraîne dans une romance défiant les tabous de l'époque.

Port-au-Prince se pa m Documentaire 57min, 2000, Haïti, Cuba)

Portrait de Port-au-Prince, vue comme une ville assiégée, victime de surpopulation, de dégradation écologique et d'un manque d'infrastructures urbaines.

Nous publions ci-dessous le texte écrit par Arnold Antonin dans Le Nouvelliste du 22 février 2019 après l’annonce du décès de Rigoberto Lopez (survenu le 23 janvier 2019 à la Havane). 

 

 Adios Rigoberto Lopez, grand ami d’Haïti !

La nouvelle a fait l’effet d’un coup de tonnerre dans le monde du cinéma et des documentaristes de la Caraïbe et de l’Amérique latine. Le matin du 23 janvier, notre ami personnel et fervent ami d’Haïti, Rigoberto Lopez, est décédé à La Havane en conséquence d’un cancer du col du fémur.

Rigoberto Lopez était un réalisateur et scénariste connu de toute la Caraïbe et de l’Amérique latine. Licencié en sciences politiques de l’Université de La Havane, il s’est,  dès son jeune âge, intéressé à la communication et au cinéma. Dès l’année 1971, il a fait partie du célèbre  Institut cubain de l’art et de l’industrie cinématographique (ICAIC). Ses documentaires et ses courts-métrages de fiction ont été récompensés à Cuba et dans de nombreux festivals internationaux. Il a travaillé en Espagne, à la Grenade, au Panama, en Éthiopie, au Mali, au Burkina Faso et en Tanzanie. Il a été correspondant de guerre en Angola durant la sanglante  guerre avec l’Afrique du Sud qui l’a marqué profondément. Aux États-Unis et  à Porto Rico, il a été producteur  et réalisateur de son film peut-être le plus célèbre : Je suis le son et la salsa.

Rigoberto avait une affection et une admiration particulières presque viscérales pour Haïti.

Métisse de Cubain noir et de Chinois, il avait un focus spécial sur la multiplicité ethnique et l’identité dans la société et la culture cubaines. Je l’ai compris tout de suite lors de notre première rencontre en 1987 à la Martinique où il y a eu la première tentative de création d’une Association des cinéastes de la Caraïbe.

Rigoberto ne faisait pas partie de la première génération de cinéastes cubains qui  ont construit la fantastique légende de ce cinéma qui s’était mis à la hauteur du meilleur cinéma mondial dès les premières années de la révolution, en plaçant cet art au cœur du fait culturel à Cuba et dans le Tiers-Monde.  Je parle de Tomas Gutierrez Alea,  Humberto Solas, Julio García Espinosa, Santiago Alvarez, Sergio Giral, Pastor Vega, Juan Padron … Tous réalisateurs de légende qui ont lancé l’épopée du cinéma cubain. Tous se sont intéressés en outre d’une façon ou d’une autre à la réalité haïtienne. Tomas Gutierrez Alea a adapté en 1964 « Gouverneurs de la Rosée » de Jacques Roumain au cinéma en réalisant Cumbite avec l’aide de René Depestre. Dix ans plus tard, Humberto Solas, avec Martha Jean Claude comme principale protagoniste, a réalisé «  Si m pa rele  ». Manuel Octavio Gomez  a réalisé, également avec Martha Jean Claude, en 1979, «  Entre le ciel et la terre».

De ces cinéastes, Rigoberto est l’héritier qui a  le plus cultivé cet attachement à Haïti. En l’année 2000, avec Frantz Voltaire comme producteur,  il a réalisé le documentaire Port-au-Prince ma ville. Engagé dans une production qui aurait pu finir comme un film de propagande touristique, il en a fait un film mettant à nu  l’insalubrité et l'horreur de la vie quotidienne à Port-au-Prince. Il m’avait demandé avant de commencer le tournage de visionner « Port-au-Prince, la 3e Guerre mondiale a déjà eu lieu » que j’avais réalisé 10 ans auparavant en VHS et qui avait eu l’effet d’un coup de poing salutaire. Il me confia que ce court-min de 10mns l’avait obsédé pendant tout son travail. Il m’a fait l’honneur par la suite d’écrire une préface au livre de Virgine Hémar sur mon travail, «  Le cinéma de la liberté », édité par les Presses de l’Université d’État d’Haïti.

Il va dans un film de fiction, « Parfum de chêne », raconter l’histoire dramatique de l’amour entre une Haïtienne et un colon blanc d’origine allemande sur une plantation coloniale en pleine période esclavagiste à Cuba. Ce film,  projeté à la Fokal en Haïti, a eu un  chaud accueil du public. Je garde encore l’exemplaire du scénario fait à la main et « manufacturé » par les éditions Vigia  que Rigoberto m’avait fait parvenir avec une gentille et fraternelle dédicace. Quelques années plus tard, Rigoberto va réaliser «  Vols interdits » avec le soutien financier de Funglode de la République dominicaine entre autres. C’est l’histoire d’une jeune femme, produit de l’aventure d’une Française et d’un Cubain. Elle revient au pays de son père inconnu à la découverte d’une partie de ses racines. Rigoberto tente d’appréhender le problème des relations entre les Cubains de l’intérieur et ceux de l’extérieur dans leur complexité.

Rigoberto meurt alors qu’il s’efforce de boucler la réalisation de « El Mayor », à partir d’un scénario du coscénariste de « Parfum de chêne », Eugenio Hernandez Espinosa. Il s’agit d’un documentaire fictionnel sur l’un des plus grands héros de la guerre de l’indépendance cubaine contre l’Espagne. Sachez qu’Ignacio Agramonte, el Mayor, est né à Port-au-Prince (c’est ainsi qu’on appelait Camaguey avant). El Mayor est le héros cubain qui a voulu imposer un régime démocratique aux troupes mêmes de l’armée indépendantiste. Mes amis me racontent comment  Rigoberto a voulu continuer le travail sur son film malgré l’amputation d’une jambe, conséquence de la maladie qui allait provoquer sa mort. Cela ne m’étonne guère. Rigoberto était de ceux qui ne lâchent pas. Véhément, combatif, polémique, il était toujours en train de mener un combat. Je ne l’ai vu à aucune des réunions où l’on a participé ensemble, et il y en a eu plus d’une, sans qu’il n’ait inventé un combat à mener et à gagner. En revanche, il pouvait manifester la plus grande délicatesse et la plus grande attention vis-à-vis de ses amis.

Il y a deux initiatives qui resteront à jamais liées au nom de Rigoberto, parce qu’il en a été le principal artisan. Le Festival itinérant des films de la Caraïbe a été lancé en 2006. Il a eu lieu en Haïti, en mai 2007, à la FOKAL avec comme partenaires : l’Association haïtienne des cinéastes (AHC), Aerocaribbean /Sireptours, le Festival du Film de Jacmel, la  Fondation Culture Création, Fondation Konesans ak Libète (FOKAL), Institut cubain de l’art et de l’industrie cinématographique (ICAIC), Institut français d’Haïti, Le Matin, Le Nouvelliste, Ticket Magazine, Spotlight. Le Festival a maintenant 10 ans. Je me suis chargé des deux premières éditions haïtiennes. Les  tentatives successives ont malheureusement échoué, faute de moyens et d’intérêt réel. Rigoberto s’était inspiré d’une phrase d’Édouard Glissant : «  La Caraïbe, c’est d’abord un tournoiement, une ivresse de la pensée ou du jugement, une nécessité du tourbillon et de la rencontre et de l’accord des voix. » Puis, Rigoberto s’est lancé à corps perdu dans le projet: ABCD (Afrique, Brésil, Caraïbes, Diaspora). Commencé à Saint- Domingue avec Omar de la Cruz, poursuivi à Ouagadougou avec Idris Ouédraogo, Souleymane Cissé et le Brésilien Bulbul, il devait continuer avec l’aide du Sénégal, mais il n’a pas eu la suite espérée. J’ai la conviction que Rigoberto n’attendait que le moment de le relancer.

J’ai raté deux de ses dernières invitations et j’en ressens un profond regret maintenant qu’il n’est plus là pour m’accueillir avec son « querido hermano » et sa chaleureuse accolade cubaine.

Je présente mes condoléances à sa femme Marylinn, à sa famille, à  ses proches collaborateurs et à tous ses compagnons de l’ICAIC.

 

 

Adresse et contact

FOKAL - OPEN SOCIETY FOUNDATION HAITI
143, Avenue Christophe BP 2720 HT 6112
Port-au-Prince,Haïti | Tel : (509) 2813-1694

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