| Théâtre : quand l'amour se joue du hasard |
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Le metteur en scène Jean-René Lemoine vient de terminer une audition à FOKAL afin de monter la célèbre pièce de Marivaux, Le jeu de l'amour et du hasard, avec deux comédiennes et quatre comédiens haïtiens pour le prochain Festival de théâtre Quatre chemins. Au sortir de cette semaine de travail, il nous livre ses envies, ses ambitions et nous explique pourquoi il a choisi de créer en Haïti ce texte du dix-huitième siècle devenu un classique du répertoire français. Ici, nulle question de hasard.
De quoi parle cette pièce de Marivaux, « Le jeu de l'amour et du hasard » ?
Y a-t-il une morale à cette histoire ou est-ce plutôt une description de la complexité des jeux de l'amour?
Pourquoi avoir choisi de monter cette pièce en Haïti ?
Enfin, je trouve qu'elle met en lumière des thématiques qui sont encore vivantes ici, sans doute plus qu'elles ne le sont en France où la pièce est très souvent montée. A commencer par le rapport entre maître et serviteur qui est empreint de cruauté, mais aussi de bonté, de douceur, d'une tendresse complice un peu condescendante. Il y a un vivre ensemble entre les maîtres et serviteurs de Marivaux que je retrouve dans la société haïtienne. Sans parler du déni d’eux-mêmes qui caractérise les serviteurs dans la pièce. Il me paraissait intéressant d’aborder cela en s’emparant d’un texte qui ne prétend pas nous amener à une catharsis quelconque. Le spectateur est emporté tout simplement dans les méandres de la passion et il est amené à palpiter pour les deux couples. Quels que soient ses postulats ou ses a priori, il est piégé par la mécanique parfaite de la pièce, et ce n’est qu’à la fin qu’il comprend (s’il veut) l’étendue de sa violence.
Vous sortez d'une semaine d'audition, quelles sont vos impressions ?
Ensuite, je me suis rendu compte qu'il y avait de vrais potentiels d’acteurs. Parfois ce sont des potentiels qu’ils ignorent eux-mêmes. Et pour d'autres, il y a déjà une maîtrise, due soit à une technique innée, soit à un apprentissage dans un parcours peut-être bref, mais en tout cas ple
Quelle sera la suite ?
Je n'ai pas encore tous les éléments, mais notre désir, c'est de le programmer dans le cadre du Festival Quatre chemins et que ce soit un spectacle réalisé entièrement ici, avec des acteurs et techniciens haïtiens, répété et joué ici, pour le public d'ici.
Y a-t-il des répliques qui vous viennent à l'esprit qui seraient des condensés de la pièce ?
Dans la première scène, Sylvia, la jeune fille de bonne famille, dit à sa servante qu'elle n’épousera pas un homme parce qu'il sera beau ou riche, mais qu'elle a une vision plus « intellectuelle » du mariage. A la fin, à court d’arguments, la servante lui répond : « Un mari, c'est un mari !». Cette tautologie péremptoire a quelque chose de prophétique dans la pièce. Elle contredit toute la pensée progressiste - mais théorique - de Sylvia. Et dans le mot « mari » que prononce la servante, on peut aussi entendre « marri » : celui (ou celle) qui perd, qui est trompé(e)…
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